Il n’y a pas d’agression sexuelle

Cela arrive parfois, un commentaire facebook est effacé par l’inquisition. Du coup je réagis à un statut vu sur le fil d’un ami et qui ne laisse pas de m’étonner.

Egalitariste

L’article pointé par le statut facebook.

Je précise d’ailleurs que j’avais déjà vu passer cet article et que j’avais déjà réagi. Du coup je vais simplement développer un peu.

Premièrement, je trouve particulièrement obscène le fait de dire que seulement moins de 40% des agressions n’avait pas de caractère sexuel, ça laisse quand même au bas mot 35% des agressions qui SONT sexuelles (surtout quand ensuite on utilise les 1656 plaintes de Pampelune pour montrer que c’est très violent mais qu’il n’y a « que » 4 plaintes pour agression sexuelle). Donc d’un côté on trouve scandaleux qu’il y ait des viols (normal), que les femmes qui disent être violées soient souvent décrédibilisées ou voient leur parole mise en doute ; mais par contre quand il y a plusieurs centaines d’agression sexuelle la même nuit, c’est pas si terrible parce qu’en fait il y en a moins que des vols.

Exemple d’article reblogué par egalitarism

Deuxièmement, on refuse la hiérarchisation des problèmes, et donc on utilise de l’argument de la relativisation : « oui mais regardez, ça se fait ailleurs ». J’en suis d’accord, l’argument remet en général les choses dans leur contexte et fait du bien à tout le monde. Sauf que les exemples sont très mal choisis : à Bayonne la fête dure 4 jours, et on ne sait pas combien il y a d’agressions sexuelles (il y en a, certes) ; à Munich la fête dure 15 jours et on a enregistré 2 plaintes (contre plusieurs centaines à Cologne) ! À Pampelune, la disproportion est là encore patente : 4 agressions sexuelles sur 1656 plaintes soit 0,2% des plaintes (!) contre entre 30 et 40% à Cologne (en cherchant sur différents sites on trouve des chiffres un peu différents). Avec de telles relativisation, on a beau jeu de dénoncer la culture patriarcale universelle qui gangrène notre société. C’est à se demander si la lutte féministe depuis plus d’un siècle a servi à quelque chose puisqu’on en est toujours au même point. On pourrait ajouter qu’à Cologne, les agressions semblent avoir été le résultat d’une intentionnalité collective contrairement à Munich où les faits sont isolés (quoique relevant d’une même logique).

Troisièmement, point le plus discutable, j’en conviens : ce que révèle ce genre d’article c’est l’inconfort des positions essayant de ménager la chèvre et le choux. Celui qui fait l’article veut défendre les migrants, ce qui est tout à fait louable mais ce faisant, alors qu’il combat l’extrême droite (bête immonde qui, telle l’hydre… etc) signale que les agresseurs n’étaient pas des Syriens mais des Marocains et des Algériens installés en Allemagne. J’appelle ça lancer l’idée que même installés, les migrants restent dangereux. L’auteur de l’article, sans doute animé des meilleures intentions du monde, semble mettre entre parenthèse la lutte féministe au profit de la lutte pour les néo-colonisés. C’est ça l’intersectionnalité ? Cacher une oppression pour en mettre une autre en valeur ? On peut bien sûr refuser de commenter les faits divers, ce qui est sans doute une bonne politique, pour prendre un peu de hauteur. Mais dès lors qu’on les commente, je ne vois pas comment on peut s’empêcher de remarquer la singularité de ce fait là, de Cologne ; je ne vois pas comment on peut ne pas parler d’immigration quand il est explicitement dit dans l’article que 95% des agresseurs n’étaient pas Allemands. Il me semble ici que la meilleure des réponses (outre le silence) est précisément de poser honnêtement le problème en se demandant, étant donné qu’il va falloir compter avec ces migrants, ce qui permettra le plus efficacement une intégration rapide. Ni penser que les migrants sont le mal absolu (version extrême-droite) ni que les migrants sont le bien absolu (thèse angélique d’une certaine gauche) mais simplement qu’il y a des conditions pour qu’une immigration soit réussie : et ces conditions sont forcément aussi des conditions matérielles. Cela implique donc de réfléchir sur ce qui cause les départs des migrants, donc d’envisager que l’on paye deux fois certaines interventions militaires, quand on y va et quand ils viennent parce qu’on a tout cassé, mais aussi des conditions d’accueil (coucou Calais). Et ce n’est pas parce qu’on refuse de se poser la question que le problème disparaît. Comme le refoulé, il y a fort à parier que le problème reviendra plus tard, plus fort, quand on en aura oublié la source et qu’il faudra dépenser beaucoup de moyens pour démêler ce qui n’a pas été résolu auparavant.

Des idées et des hommes

Suivant l’article d’hier, le deuxième acolyte a tenu à exprimer sa propre position sur le sujet. Plutôt que de reléguer la réflexion de notre estimable collègue, nous avons préférer lui laisser une place de choix. Il s’agira de se demander ce qu’on peut, au juste, demander à une idée, l’idée de République. Et donc quel sens ça a (ou ça n’a pas, justement) de dire que la République tue, ou qu’il y a un racisme d’État.

drapeau cognet

Léon Cognet, Les drapeaux (détail), Musée des Beaux-Arts d’Orléans

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C’est qui « nous » ?

La « marche de la dignité » qui a trottiné il y a une semaine, le 31 Octobre 2015, a soulevé quelques passions (mais pas trop, il n’y avait que 10 000 participants (au plus), c’était donc pas la grosse teuf). Pourtant elle a bénéficié d’un soutien extrêmement large et de l’appui de médias divers : mediapart (deux fois), le monde, l’humanité, france inter, et j’en passe, sans parler des personnalités politiques ou non qui ont soutenu. Bref, on pourrait dire qu’on s’en fiche mais comme cela permet de mettre au clair quelques réflexions sur la question du racisme, allons-y alonzo !

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Où s’origine le sentiment d’insécurité ?

Denis ColombiJe ne vais pas parler de ce que suggère le titre. Ou plutôt je vais saisir le prétexte d’un article que je devais déjà commenter pour me demander si on peut si facilement évacuer la parole des acteurs au profit de celle des savants. Étant donné que cette facilité paternaliste a été reprochée à d’autres agents dans d’autres contextes, cela me permettra de réutiliser cette critique à nouveaux frais. Vu les questions inachevées que soulève l’article, un autre viendra probablement, bientôt pour compléter celui là du point de vue de l’entreprise constante de formatage de nouveaux profs, plus dociles. Nous essaierons alors de montrer comment les réformes récentes sont des entreprises d’élaboration de nouvelles structures qui contraindront les profs à des attitudes plus prévisibles (ce qui permettra de leur laisser toute la « liberté » qu’ils veulent, parce que précisément ils ne pourront pas vouloir beaucoup). (suite…)

L’école fait-elle le jeu de la reproduction sociale ?

La question qu’on pose en générale est la suivante : l’école est-elle un vecteur particulièrement puissant de la reproduction sociale des élites ? La question a été posée (ou plutôt permise) par l’ouvrage bien connu de Bourdieu et Passeron (Les héritiers, éd. de Minuit, 1964, et La reproduction, éd. de Minuit, 1970) mais a été souvent renouvelée (C. Baudelot, R. Establet, L’élitisme républicain, Seuil, 2009 ; F. Dubet, Les places et les chances, Seuil, 2010. ; J.P. Terrail, De l’inégalité scolaire, La Dispute, 2002. ). Autant le dire tout de suite, je n’ai pas lu tous ces ouvrages, bien que connaissant Bourdieu pour l’avoir lu et pratiqué. Ce que je vais discuter c’est plutôt une certaine vision de la reproduction sociale telle qu’elle est digérée et mâchée par certaines instances qui s’occupent de l’école (ministres, ESPE… etc) et qui me paraît en contradiction avec l’observation in situ (voir aussi cet article).

D'ordinaire, on ne pense pas trop à ces héritiers-ci.

D’ordinaire, on ne pense pas trop à ces héritiers-ci.

Au début je voulais répondre à cet article : une heure de peine, le blog. Je répondrai peut-être un jour, mais en tout cas, là, j’ai complètement fait autre chose. Il s’agira de questionner modestement la pertinence du reproche fait à l’école de reproduire des inégalités sociales. Il y aura ici deux parties, l’une qu’on pourrait qualifier de sociologique, probablement naïve étant donné que je connais assez mal la littérature sur le sujet, mais je lance des pistes et si quelqu’un veut porter le feu de la contradiction, je lui en suis gré par avance. La deuxième partie sera davantage philosophique.

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