« C’est d’âme qu’il faut changer, et non de climat » ou notule sur le progressisme techniciste.

La réflexion m’est inspiré par l’écoute des dernières prises de parole de Jean-Luc Mélenchon, candidat malheureux de la présidentiel de 2012 et homme politique de qualité, ce qui est assez rare pour être signalé, et en particulier par son intervention dans le ONPC du 18 Octobre 2014 :

On entend dire par M. Mélenchon qu’il faudra à notre nation des ingénieurs pour relever les défis techniques de demain. Jusque là très bien, il y en a effectivement beaucoup : ne serait-ce que pour le retraitement des déchets nucléaires, la recherche médicale. Seulement, l’ex co-président du Parti de Gauche ne s’arrête pas là puisqu’il égrène une longue liste de choses que la science sera chargée d’inventer ou de réaliser. Mettant sa foi en le progrès technique, il me semble qu’il reconduit une erreur. Dire que les problèmes environnementaux et humains peuvent trouver une solution dans le progrès technique consiste à compter sur des forces que nous n’avons pas pour trouver des solutions à des problèmes que nous avons. C’est le vieux paradigme selon lequel du progrès des sciences et de la connaissance viendra notre salut. Placer sa confiance dans le progrès technique futur c’est oublier que les défis actuels viennent d’une surabondance de technique, si l’homme est aujourd’hui la première force géologique de la planète, ce n’est certainement pas à cause de sa façon de chanter. Une meilleure idée serait sans doute de compter sur ce que nous avons déjà plutôt que sur ce que nous n’aurons que peut-être : « un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras » » ?

Pour un peu de lecture :

  • Lettres à Lucilius, Sénèque.
  • Voyage dans l’Anthropocène, Claude Lorius, Laurent Carpentier.
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4 commentaires

  1. Ne sommes nous pas contraints d’être la première force géologique ? À moins de mener une politique dénataliste à l’échelle planétaire, la question ne se pose pas.

    La voiture à air comprimé (peugeot y travaille je crois), les plastiques à base d’algues (très en vogue en Californie je confirme), les centrales solaires (j’ai en tête une gigantesque au milieu de l’Arizona très loin de la production d’une centrale nucléaire) ou utilisant le mouvement des vagues et les gradients de températures des profondeurs marines (Un postdoc de mon école travaillait dessus il y a déjà trois ans). Des prototypes, et même quelques exploitations économiquement viables existent.

    Ce qui me dérange, et je pense qu’en cela je te rejoins, c’est que monsieur Mélenchon semble très léger sur son niveau de connaissance de ces technologies. Je ne crois pas aux solutions miracles, ici, pire que de promettre de l’emploi, il promet du progrès technique (que je qualifierai d’imprévisible).

    J’ai beaucoup de mal à croire que la mer sera notre salut. Je salue, à l’inverse, l’abandon du terme « prolétariat », pour des raisons que je pense fondées. J’aime son idée de parti écologique de gauche. Il pourrait finalement s’avérer très rassembleur pour les prochaines élections. Je dois avouer que le personnage m’agace, faisant fi des remarques – très pertinentes pourtant – de certains sur ses sorties parfois trop agressives sur des personnages politiques. Bien que je puisse comprendre sa frustration et ses arguments, je pense qu’il ruine son image, et que cela le dessert plus qu’il ne le pense.

    Son constat sur le peuple français m’intéresse. Je lirais bien son livre. Je garde de grosses réserves sur ses solutions, surtout lorsqu’il s’agit de technique.

    1. Contraints probablement pas. Cette pression géologique n’est due en fait qu’à une minorité d’êtres humains qui surconsomment. Disons qu’à mon avis, il vaudrait beaucoup mieux changer notre façon d’être plutôt que répondre aux problèmes que posent la technique par plus de technique : cette dernière ne résoudra pas en elle-même notre surconsommation de matières rares (les nanotubes de carbone, qui étaient hier la solution miracle du lendemain, accélèrent la diffusion d’éléments qui deviennent de plus en plus difficile à recycler), cette dernière n’est pas capable au fond de répondre aux vrais problèmes qui se posent et qui sont ceux d’un monde fini aux ressources limitées, parce que dans le monde dans lequel nous vivons, la technique est forcément d’application massive et implique toujours plus de ressources. A quoi bon élever des insectes pour répondre à la demande de viande quand c’est précisément sur le principe de cette demande qu’on pourrait travailler : se rendre compte que la viande est également une ressource rare même si on la produit artificiellement, même si on mange des blattes, et en diminuer drastiquement la consommation (au minimum). Se dire non pas « quelle solution technique pour résoudre le prochain problème ? » mais plutôt se demander si ce problème ne peut pas être résolu directement. Tu vois bien comment tu parles de ces innovations techniques : « exploitations économiques viables » donc marché, donc parts de marché, donc… etc.

      Sur M. Mélenchon : promettre de l’emploi serait la moindre des choses je crois mais je suis d’accord sur sa vision de la technique. Par contre sur sa façon de parler : j’estime que la violence des mots est corrélative de la violence des réalités sociales concernées et qu’oublier les secondes parce qu’il aurait eu un mot plus haut que l’autre est le signe de quelque chose.

  2. Il me faudrait plus de chiffres pour continuer ce propos. Mais je me rappelle avoir lu qu’à sept milliards d’habitants, déjà, on peut difficilement trouver un équilibre. Quand bien même nous cesserions de nous goinfrer, rien qu’en terme de nourriture, et commencerions à partager celle-ci équitablement, je ne sais pas s’il nous resterait grand chose. Ou si peut-être, mais pour un temps seulement.

    Ne faudrait-il pas donner aux choses leur vraie valeur : c’est à dire, quel prix pour un beefsteak qui vient d’une vache argentine dont les pets trouent la couche d’ozone ? L’argent en lui même est neutre. C’est à nous de faire en sorte que les lois du marché reflètent nos exigences de développement. Tout impact sur l’environnement vaut cher en réalité, et rien au supermarché, c’est d’ailleurs l’inverse qui se produit, c’est une aberration. Quid du prix de l’électricité, des produits hi-tech…

    Et toujours de ce point de vue économique (avec un prix qui comprendrait les coûts environnementaux). Il est encore loin d’être acquis que les panneaux solaires (déchets toxique à la pelle à la production, limites de ressources en cristaux) et autres éoliennes (immense énergie nécessaire à la production) soient plus rentables qu’une bonne centrale nucléaire.

    Sur M. Mélenchon : je ne sais pas si l’on peut aussi aisément lier des dérapages verbaux à des violences sociales sous-jacentes. Mon opinion est que cela n’apporte rien. Rien au débat, rien à l’auditoire, rien encore aux électeurs. Pire, cela focalise l’attention sur l’homme et ses relations (par une presse avide de telles phrases) au détriments du débat de fond sur ses idées. Justifié ou pas, je pense qu’il dessert son véritable combat, qui semble être l’éducation politique justement.

  3. Sur la violence du discours : et bien quand il publie « l’ère du peuple », personne ne commente. Quand il publie « le hareng de Bismarck », ça fait le buzz. On peut le déplorer mais ce qui saigne a une plus large diffusion. Rien d’étonnant donc à ce qu’il fasse cela.

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