In cauda venenum

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En fermant un oeil et en tournant la tête, on voit la rose du PS. Coïncidence ? Je ne pense pas.

Je suis un peu sidéré par le ressentiment qui s’exprime en cette fin de campagne. Mais entre tous les poignards qui sortent des ombres, il y a d’abord et entre toute la salve in extremis du PS et officielle contre JLM (à trois heures de la clôture de la campagne). Ce n’est pas grave, vous me direz, mais cela est particulièrement indicatif, je crois, de ce qu’est ce parti profondément dangereux. Je vais donc répondre à ce communiqué paragraphe par paragraphe. Au départ, je voulais répondre aussi à des posts facebook qui puent le ressentiment et qui traitent les insoumis de bobos dangereux blabla – alors que le type qui dit ça vote Hamon qui est le seul dont on peut dire avec certitude qu’il n’aura pas de majorité donc les mains pures certes, mais pas de mains – mais bref, tant pis. Si ça me démange, je referai un post. Alors allons-y pour le purgatif (je ne vais pas dire « la purge » puisque tout ce que vous direz sera retenu contre vous).

Mains pures mais pas de mains

Le programme du leader de La France insoumise est très généreux pour les salariés mais ses exigences vis-à-vis de l’Union européenne sont irrecevables et ses propositions irréalistes. Le grand talent de Jean-Luc Mélenchon mériterait d’être mis au service d’une meilleure cause que la sortie de la France de l’Union européenne et la construction d’un « vrai socialisme » dans notre seul pays. Car en dépit des rétropédalages de dernière minute, c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est la thèse du communiqué. On sent que cela va être plein d’amabilités. On peut noter avant toute chose la bizarrerie du procédé qui, plutôt qu’assumer loyalement la contradiction (on peut, après tout avoir des réticences sur le programme de la FI) balance un scud à la dernière minute, en dehors de toute espace de discussion alors même que, il n’y a pas si longtemps, Mélenchon était sommé de rejoindre Benoît Hamon. Alors quoi ? On découvre le programme ? Là aussi on est en retard et on a rien compris avant les trois dernières heures ? C’est d’autant plus étonnant que le PS parle ensuite de la rationalité d’Hamon. Encore, s’il assumait de soutenir Macron…. je ne dis pas. Mais là ? Ou bien Hamon n’a aucun honneur, ou bien il n’a aucune prise sur son propre parti et donc c’est assez marrant de faire des leçons de morale quand celui qui devra mener la politique de la France aura été incapable de tenir son propre appareil. Cela illustre les contradictions du PS : les mains pures, mais pas de mains.

« Sortir de l’euro et de l’UE : la démarche en deux temps proposée à nos partenaires européens – d’abord un plan A : la renégociation à 27 de tous les traités, puis, en cas d’échec, l’application du plan B : le départ unilatéral de la France de l’Union européenne – n’est qu’un vieux procédé destiné à faire porter à nos interlocuteurs le chapeau de la rupture. »

Précisons qu’elle est unilatérale ou concertée. Mais soit. J’aurais dit que c’était un procédé de clarification, mais admettons. On peut ne pas être d’accord, je ne reviens pas sur la couardise du truc.

Le beauf qui s’ignorait

C’est une astuce cousue de câbles blancs : on leur présente des revendications que l’on sait inacceptables, elles ne sont donc pas acceptées ; on claque la porte en dénonçant leur ignominie : la démonstration est faite aux yeux des peuples qu’on a affaire à des libéraux austéritaires indécrottables. « Puisqu’on ne peut pas changer l’Europe, il faut la quitter.  »

Le PS serait-il en train de dire que l’Europe actuelle ne doit pas être changée ? N’est-ce pas une assez bonne conclusion que de dire que si l’Europe ne peut pas être changée, il faut la quitter ? Doit-on pâtir pour tout le monde ? Je sais bien que le PS se montre en général plus prompt à s’indigner contre la souffrance dans le monde avant de s’occuper de ce qu’il a sous les yeux, mais il y a un moment l’esprit sacrificiel est plus facile lorsqu’on est confortablement installé rue de Solférino. On voit là s’étaler l’ultime avatar de la stratégie Terra Nova : au fond, le PS n’est pas un parti de gauche, c’est un parti de centre qui s’accommode très bien de l’Europe. Mais le PS n’en finit pas de ne pas assumer son véritable positionnement.

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Les éléphants du PS, allégorie. Des beaufs qui rient très forts sans vraiment comprendre la portée ce qu’ils sont en train de dire.

Le vrai visage des cuistres

« Quelles sont, en effet, les exigences formulées par Jean-Luc Mélenchon ? Pour que, sous sa présidence, la France reste dans l’UE, il faudrait que nos partenaires européens acceptent : la fin de l’autonomie de la Banque centrale européenne et sa mise sous tutelle politique, afin qu’elle finance directement les dettes d’Etat ; l’abolition des traités réglementant le niveau des déficits et de l’endettement publics des Etats membres, l’annulation des dettes souveraines décrétées « illégitimes » ; la mise en place d’un protectionnisme « solidaire »…

Ce sont en effet rien moins que ce qui empêche une politique de gauche d’être pratiquée. Un détail sans doute. Notons cependant que tout cela peut être soumis à discussion, c’est le principe d’une négociation. Dans ces conditions, à quoi sert le plan B ? A dire qu’à un moment, on ne peut pas continuer à se sacrifier pour tout le monde et qu’une discussion se fait à deux. L’Europe a pour elle les traités et le droit communautaire, il faut donc un levier de taille pour faire bouger les lignes : la fin des traités et du droit contraignant. C’est la leçon que le PS aurait dû tirer de la Grèce et de l’épisode Tsipras. Ah non, j’avais oublié que Papandréou a cédé sur tout avant qu’arrive Tsipras. Tout s’explique.

Au passage, comme le PS ne connaît rien à rien, il pourra utilement rattraper son retard en regardant les très nombreuses conférences pour préparer le plan A et le plan B. J’en dis deux mots plus bas.

Indépendamment de la pertinence ou non de ces conditions, il est clair qu’elles sont irrecevables non seulement pour le gouvernement allemand et celui des pays de l’Europe du Nord, mais aussi pour les gouvernements espagnol et italien. La fonction du « Plan A » est de « démasquer » ces valets du libéralisme et de permettre un passage optimal au plan B. »

Indépendamment de la pertinence ou non de ces conditions ???? Ah bon ? Donc peu importe si elles sont pertinentes, on continuera l’Europe à toute force et à tout prix ? Peu importe qu’elles empêchent toute politique sociale ? Peu importe que toute politique de gauche soit barrée par ces conditions ? Indépendamment de cette stupidité (je reprends la formule), on peut se demander en quoi il est si clair qu’elles sont irrecevables : l’Italie au début du quinquennat de Hollande aurait été assez prête à des concessions, les principaux dirigeants des pays de l’UE vont changer ou peuvent changer après l’élection française (conjoncture impeccable), le Portugal mène une politique anti-austérité, l’Europe de l’Est est plein d’extrême-droite qui rêve de sortir. Le PS oublie commodément tous ces grains de sable pour mieux nous rappeler à la « réalité réaliste » selon laquelle l’Europe est la fin de l’histoire. Mais il ne voit pas, évidemment, qu’elle peut éclater et qu’elle peut éclater de la pire des manières. On traite Mélenchon de Daladier car soi-disant sa position en Syrie blabla… mais je vois beaucoup plus de ressemblance dans le PS qui refuse de voir la réalité et de prendre les dispositions qui s’imposent à savoir mettre les pieds dans le plat et demander à chacun de clarifier sa position que dans la FI qui a tiré les leçons de la Grèce (elle aussi a un chômage « frictionnel »?).

Au passage, contrairement à ce que dit le PS (ignorant, incompétent ou malhonnête, je vous laisse choisir, les trois étant également plausibles vu le timing de la candidature PS), la question du plan B a été longuement préparée et discutée, ce n’est pas une option qui s’est décidée facilement et elle a demandé de nombreuses rencontres et une maturation lente. Ce n’est pas parce que le PS n’a plus l’habitude des débats d’idées, préférant lancer des mesures à la va-comme-je-te-pousse au dernier moment que de réfléchir sur le fond à de vraies propositions.

Quelques exemples : un, deux, trois, et autant que vous voulez…

Ici comme ailleurs le PS fait semblant de savoir pour cacher le fait qu’il ne sait rien, qu’il n’a réfléchi à rien, qu’il se laisse porter par la vague, par l’évidence de ses positions économiques et sociales qui ne sont que le reflet des intérêts d’une partie de la population à ce point aveuglante et sympathique qu’elle a fini par occulter tout ce qui n’était pas elle.

Le roi est nu

« Certes, le statu quo n’est pas acceptable, il faut réorienter et réformer l’Union européenne, infléchir sa politique, démocratiser ses institutions. Mais la bonne stratégie pour y parvenir n’est pas le chantage au départ si les autres Etats membres ne s’alignent pas sur notre position. Elle consiste à proposer des compromis positifs et mutuellement acceptables. »

Le PS admet que l’Europe doit être changée car telle qu’elle est, c‘est inacceptable mais… tant pis. Il n’a visiblement rien tiré du quinquennat de Flamby Ier. Qu’est-ce qu’on va faire comme compromis acceptable ? On n’en saura rien. Quels arrangements ? Sur quoi portera la négociation ? Le PS y a-t-il seulement réfléchi ? Bien sûr que non. A ce point aveuglé sur le monopole de sa propre vérité, le PS aura soigneusement esquivé son aggiornamento. Si tant est qu’il sente la nécessité de le faire, Cambadélis n’a-t-il pas dit qu’il n’y avait aucune leçon à tirer de cette élection (prétextant certes qu’elle ne ressemble à aucune autre – ce à quoi on rétorquerait que c’est précisément pour cela qu’il faudrait faire son auto-examen, et je devrais dire auto-critique, cela donnerait aux répétiteurs la possibilité de me traiter de stalinien). Et de toute façon la masse des députés PS est vallsiste, que peut-on espérer à un tel niveau d’impréparation et d’aveuglement ?

« C’est ce que les gouvernements socialistes ont fait au cours du dernier quinquennat : ils n’ont pas exigé la fin de l’indépendance de la BCE, mais l’élargissement de ses missions en soutien de la croissance : sous la présidence de Mario Draghi, appuyé par la France, la BCE rachète chaque mois, depuis trois ans, 80 milliards d’obligations d’Etats et d’entreprises, afin de booster la croissance et de réduire le coût de l’euro, lequel a perdu 30% de sa valeur par rapport au dollar, au bénéfice des exportations. »

Alors pardon, M. le PS, mais je pensais qu’une politique de gauche avait pour objectif la réduction du chômage et de la pauvreté, pas des indicateurs comptables. De ce point de vue, vos soi-disant mesures ont-elles fonctionné ? Voilà merci.

Du reste, avez-vous lu le chiffrage ? Avez-vous essayé de débattre ? Avez-vous fait des propositions ? Non évidemment, tout cela aurait demandé du travail et de la préparation. On préfère donc les affirmations à l’emporte-pièce, quitte à déféquer sur ceux qui devraient être les plus proches. Et après les gens se demandent pourquoi il n’y a pas eu d’alliance entre le PS et la FI…

« L’Union bancaire a été instaurée et est en voie d’achèvement. Le plan Juncker de relance de la croissance par l’investissement a été porté à 500 milliards d’euros et les socialistes proposent de le doubler. On pourrait prolonger cette liste. L’Union européenne engrange 450 milliards d’excédents de sa balance commerciale chaque année, et le chômage est devenu  » frictionnel  » (entre 4 et 6% de la population active) dans de nombreux Etats membres. Le programme européen de Benoît Hamon s’inscrit dans la continuité de cette politique. »

Mais nous ne sommes pas dans « de nombreux États-membres », nous sommes en France. Pardon d’avoir des intérêts spécifiques. En admettant bien sûr que ce « chômage frictionnel » soit une bonne nouvelle. Faut-il rappeler le nombre de pauvres en Allemagne et donc le nombre de « travailleurs pauvres » ? Enfin, apparemment « le programme européen de Benoît Hamon » a décidé de s’inscrire dans la continuité de cette politique en offrant charitablement à tous un revenu même s’il ne travaille pas, oubliant opportunément la vertu émancipatrice du travail. Pour l’occasion, je rappellerai un article sur le salaire parental qui pourra être utilement convoqué contre le Revenu Universel (dont, pour le coup, on ne sait pas du tout comment il sera financé au-delà des premières mises en place bien modestes, mais c’est nous qui sommes irréalistes, bien sûr). On me dira que j’associe le PS à une mesure du FN. Je le fais à dessein puisque le PS tout à ses considérations sur l’ensemble de l’Europe et du Monde en oublie ce qu’il y a sous son nez et s’étonne ensuite que le FN monte. C’est à se demander s’il ne le fait pas exprès.

En réalité, et comme sans doute vous l’avez déjà compris à force de me lire, lorsque la stratégie et l’action d’un acteur est si constante et semble à ce point aveugle, j’ai tendance à conclure que cette stratégie est parfaitement voulue (mais n’ose pas se dire). Donc disons le clairement : les appels au vote utile ont été abandonné en rase campagne dès lors que le procédé risquait d’amener des voix à Mélenchon, il ne fait aucun doute, donc, que tous ces procédés rhétoriques feignent d’être honnêtes parce que le PS n’en finit pas de ses scrupules de gauche et qu’il aimerait avoir le beurre et l’argent du beurre : l’onction populaire et la politique de ses cadres supérieurs.

« Non content de vouloir revenir au franc, c’est-à-dire aux dévaluations et à la guerre des monnaies, Jean-Luc Mélenchon programme 173 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, auxquelles s’ajoutent 100 milliards de prélèvements fiscaux et sociaux et 100 milliards d’investissements financés par l’emprunt. Sous son quinquennat, notre dépense publique passera de 57% du PIB – record des pays développés – à 64% ! »

Bon, j’ai loupé un épisode sur le Franc, mais admettons, j’imagine que c’est un artifice rhétorique. On aurait pu dire aussi bien « non content de vouloir revenir au silex ». Donc… peu importe si Piketty lui-même reconnaît que ce n’est pas déraisonnable, peu importe si on compare les dépenses publiques de 2022 au PIB de 2016, peu importe si des dizaines d’économistes ont soutenu Mélenchon, peu importe s’il y avait un pacte de non-agression entre Mélenchon et Hamon, peu importe que contrairement au PS le programme ait été chiffré et préparé pendant des mois et que donc il y aurait eu le temps de faire ces critiques avant (mais le PS est toujours en retard d’une bataille?) et la possibilité d’une confrontation loyale et lisible. Bref, peu importe, le PS vous dit que ce n’est pas « réaliste ». Que sont ces arguments qui viennent directement de la droite ? Oserez-vous dire à quoi correspond la dépense publique ? On aurait pu discuter de tout cela avant, non ? Et non, vous ne voulez pas de discussion mais une capitulation sans condition à vos exigences.

La conjonction d’une sortie de l’euro et de cette accumulation himalayenne de dépenses plongera notre pays et l’Europe dans un chaos profond. Le franc retrouvé subira de fortes dévaluations ; les épargnants, grands et petits, s’efforceront de préserver leurs avoirs : les plus fortunés transféreront d’un clic leurs capitaux à l’étranger, les plus modestes se lanceront à l’assaut des distributeurs automatiques des banques. Les dettes contractées en euro augmenteront ; les taux d’intérêt consentis à la France s’envoleront ; de nombreuses entreprises et banques feront faillite, accroissant le chômage. Le coût de la vie pour les ménages s’élèvera, en proportion de celui des produits importés, comme celui de la production pour les entreprises. L’aggravation de la crise économique exacerbera la conflictualité sociale et l’insécurité publique.

Et la pluie de grenouille, et les enfants dévorés. Même chose : le PS voulait que Mélenchon se rallie à Hamon il n’y a pas si longtemps, alors… que penser ? Comment expliquer ce soudain revirement ? Des explications nous viennent, mais on n’oserait les formuler tant cela impliquerait de la lâcheté et de la duplicité dans ce parti de gauche à la pointe des combats démocratiques et des progressistes. Quant au reste, je l’ai déjà dit mais il aurait peut-être fallu en discuter honnêtement avant. Finalement on comprend pourquoi le PS ne pense pas que Mélenchon puisse obtenir quoi que ce soit en Europe, vue la façon dont sont menées les discussions avec le PS.

Pour conclure

Je formule un vœu pour dimanche : que le PS meure et que Macron soit envoyé dans les poubelles de l’histoire. Hamon, s’il est sincère – et tout le monde dit qu’il l’est – pourra ainsi entamer une discussion, débarrassé des traîtres et des faux-culs déloyaux qui donnent des leçons à la terre entière. Que périsse le PS, incapable de proposer un programme mais qui distribue les bons points, incapable de respecter sa parole et d’être de gauche, mais qui aimerait bien qu’on y croit encore. En tout cas, j’espère que Macron ne sera pas au deuxième tour, parce qu’il n’aura probablement pas ma voix. Cette élection sera une épreuve de vérité et plus encore d’honnêteté. Cela fera du bien à certains (et à moi, déjà).

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