Le présent est certain, qu’en est-il de demain ?

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En ces temps « jupitériens », il faudrait rappeler que la roche tarpéienne n’est pas loin du Capitole. Cependant, on tombe toujours plus facilement quand on y est aidé. Or, c’est cette possibilité de se faire bousculer que M. Macron refuse. C’est normal me direz-vous ? Pas sûr…

Après cette introduction assez cryptique pour attirer le chaland, je précise que ceci est un billet d’humeur qui n’a pas spécialement vocation à être proprement sourcé.

M. Macron a désormais une majorité massive. En soi, ce n’est pas vraiment un problème : les précédents gouvernements ont tous eu des majorités et parfois même des majorités confortables, le PS a même eu récemment la majorité à tous les échelons de la démocratie. C’est dire. C’est l’occasion pour moi de revenir sur ce que signifie « avoir la majorité » dans une démocratie (1). Après cela je montrerai ce que cela implique de responsabilité pour le pouvoir (2), pourquoi le pouvoir actuel non seulement n’en a pas conscience mais prétend déborder le domaine de sa légitimité (3). Enfin, je propose de montrer que cela n’est peut-être pas si stable que prévu (4).

  1. Démocratie et prise de décision

Il y a, je crois, un biais assez fréquent qui consiste à identifier la démocratie à une simple procédure de prise de décision et en particulier à une prise de décision qui se conforme à la règle de la majorité. En témoignent au moins deux vidéos (ici et ici) assez récentes (et excellentes) qui, pour intéressantes qu’elles soient, me paraissent oublier ce qui fait la démocratie. Je précise que la vidéo de Monsieur Phi ne dit pas que la démocratie se réduit à la règle de la majorité, elle dit plutôt que si une majorité est préférée à tout autre, celle-ci doit être élue. Ce avec quoi on peut être d’accord. Mais ce qui est oublié ici c’est que la plupart du temps, la majorité est une construction (aucun dirigeant ne serait élu spontanément à la majorité, aujourd’hui), c’est-à-dire qu’il y a un écart entre le mode de scrutin qui permet d’aboutir à une majorité et ce qu’auraient réellement choisi les gens. Pour le dire autrement, pour pouvoir prendre des décisions, on cherche à construire des majorités, sans quoi on serait condamné à ne rien faire. Ces majorités sont toujours de bric et de broc : c’est pourquoi on ne saurait dire que les électeurs de Macron ont voté POUR telle ou telle unique raison. C’est bien sûr une tentation – et peut-être même une obligation – de l’élu que de réduire les motivations des électeurs à quelques motifs qui l’intéressent lui. Pourtant, il faut, surtout dans l’analyse, se méfier de cette prétention car elle est manifestement fausse. Ainsi, il n’y a certainement pas 65% des électeurs ayant exprimés un suffrage autre que blanc ou nul qui sont d’accord avec le projet de M. Macron. Tout au plus peut-on dire qu’ils ont préféré Macron à Le Pen. Ce qui ne nous dit pas grand chose.

Une fois cette majorité construite, il y a un autre tour de passe-passe qui est en fait une tension entre deux exigences : l’une qui est la prétention de la démocratie (pouvoir du peuple, littéralement) à donner le pouvoir à TOUT LE MONDE ; et l’autre qui se trouve dans la façon dont elle procède réellement : il y a le moment de l’expression et le moment de la prise de décision. Mais si l’expression est véritablement démocratique (du moins pendant le vote même si on peut toujours se demander si les contours du corps électoral sont légitimes), la prise de décision, elle, ne l’est pas au sens où seule quelques uns (qui peuvent être très nombreux) prennent la décision, tandis que les autres doivent se plier à la décision qui a été prise par d’autres qu’eux (et en particulier les abstentionnistes, ce qui minore d’autant la « majorité »). Pour le dire autrement : une décision s’impose toujours à des gens qui ne l’ont pas voulue. Jusqu’ici rien que de très normal : s’il fallait l’unanimité, on n’arriverait jamais à rien. Bien. Mais donc le droit de prendre la décision repose sur le fait qu’on accepte un système de prise de décision ou de formation d’une majorité qui, quoi qu’il arrive (ce n’est pas un problème technique comme ce que semble suggérer « sciences étonnantes », c’est un problème qui est consubstantiel à la démocratie), est imparfait. Par conséquent, on ne consent pas à la décision, mais au fait que quelqu’un a gagné le droit de prendre la décision.

2. L’humilité du pouvoir

Mais alors on ne peut pas faire comme si la décision en démocratie n’était pas une sorte de fable. Vous avez gagné le droit de prendre la décision qui vous convient, certes. Mais vous n’avez pas gagné le droit de prétendre faire taire la contestation. Car si nous sommes d’accord pour dire que celui qui a gagné peut prendre la décision, nous ne sommes pas d’accord avec cette décision pour autant. On voit là le mythe fondateur de notre démocratie : nous élaborons une fiction qui nous permet de prendre d’agir sans l’approbation directe de tous. En somme, c’est la manière la plus satisfaisante – pour le moment – pour susciter le consentement. Mais on voit bien qu’il ne va pas de soi, et c’est pourquoi nous avons écrit le précédent article : puisque M. Macron aime la métaphore du jeu, filon-la et disons pour résumer qu’il n’a pas été fair play, ce qui grève la légitimité qu’il devrait avoir du fait de son élection.

Pour autant, un adversaire de la décision (par exemple un manifestant contre la loi travail) ne peut pas empêcher la décision d’être exécutée une fois prise mais il peut tenter l’empêcher d’être prise : il peut contester la légitimité de la prise de décision puisqu’on ne peut pas, même en cas de majorité, savoir avec précision si la décision a bien été prise pour les raisons qui sont invoquées par les représentants.

Évidemment, comme couper la tête des députés qui s’apprêteraient à prendre la décision n’est pas possible (ou du moins, souhaitable), ce sont d’autres moyens qui doivent être employés. On voit que la démocratie ne consiste pas en le consensus prôné par les gens qui appartiennent au cercle de la raison (Alain Minc, coucou) mais bien en la sublimation du conflit en des formes qui soient acceptables. En réalité, c’est même là, l’essence du politique. Le danger est de transformer le droit d’agir en hégémonie sur l’opinion. La démocratie réside dans la possibilité toujours ouverte de contester la prise de décision au nom d’un autre « droit », d’une autre légitimité. En somme, le droit de prendre la décision n’a rien de naturel, il est lui-même un accord précaire qui peut se rompre. L’équipe de notre président et la myriade de sbires qui tourne autour devrait donc prendre garde à ne pas se prendre trop au sérieux, c’est-à-dire croire trop fort qu’ils ont un droit absolu à faire ce qu’ils font. Ils ont simplement un droit relatif à le faire : relatif au fait qu’on accepte de leur prêter le pouvoir. En somme, ce qui compte en démocratie ce n’est pas tant la légitimité de l’action entreprise par le pouvoir, mais la capacité qu’a ce pouvoir à intégrer la contestation dans l’exercice habituel du pouvoir.

3. Le pouvoir glauque

« Les choses seront terribles après la guerre, quel que soit le vainqueur. Bien sûr, ce sera terrible si les nazis l’emportent, mais terriblement glauque si ce sont les Alliés. »

– Wittgenstein

Bien sûr, ce pouvoir macronesque veut davantage : il veut non seulement le pouvoir, mais encore l’assentiment. Cela, il n’est pas parti pour l’obtenir : s’il ne l’a pas maintenant alors que les planètes sont alignées, je ne vois guère comment il peut l’avoir demain. Pourtant, il y a fort à parier que la « déferlante » LREM à l’Assemblée fasse oublier que très peu d’électeurs ont effectivement voté pour les équipes macronistiques et que l’Assemblée ne doit la couleur de sa majorité qu’à un tour de passe-passe institutionnel qui a transformé une fraction de l’électorat en majorité écrasante des sièges. Qu’on soit bien d’accord : je ne conteste pas l’élection, j’en conteste les fondements, mais plus largement, je suis en train d’interroger les fondements (quels qu’ils soient) de notre démocratie représentative (notons que le propos ne changerait guère avec des mandats impératifs).
Si la démocratie c’est le pouvoir au peuple, alors elle doit nécessairement intégrer la possibilité pour ceux qui ne sont pas  à proprement parler au pouvoir de contester les décisions prises à un moment donné. Concrètement, cela signifie qu’un espace public de discussion doit rester ouvert afin que des voix dissidentes puissent se faire entendre et, peut-être, aient des effets (amendements, retraits d’une loi, mise en cause… etc). Cet espace de discussion est normalement assuré à trois endroits qui peuvent donc aussi bien être vus comme des contre-pouvoirs :

  • L’opposition à l’Assemblée Nationale. En effet, l’opposition peut par exemple déposer des amendements et poser des questions au gouvernement, donc jouer un rôle actif aussi bien dans l’élaboration des lois que dans la critique de l’action du gouvernement et de la majorité.
  • Les médias critiques. Les médias ont un pouvoir énorme : ils choisissent les thèmes qui sont à l’ordre du jour et décident non seulement de ce qu’il faut commenter mais de comment il faut le commenter. Autant dire que le débat public est largement décidé et orienté par les médias (bien sûr, selon des modalités et des déterminations qui sont en partie exogènes).
  • Le mouvement social. La manifestation est par excellence la voix de ceux qui n’en ont pas à l’Assemblée. Du reste, elle laisse entendre des discours qui ne peuvent pas être tenus ou pas de cette façon au sein des instances plus officielles.

Bien entendu, ces trois modes d’expression ne sont pas indépendants les uns des autres. Par exemple le succès des manifestations dépend en partie de leur visibilité et cette dernière est assurée pour une part importante par les médias. On voit comment la vigueur d’une démocratie tient sur des piliers fragiles car il suffit d’en faire vaciller un (les médias sont centraux) pour que l’ensemble soit inquiétant. Or, je crois qu’aucun de ces trois lieux de contestations ne seront, dans un premier temps, capables de remplir leur rôle.

  • L’Assemblée sera subjuguée par une myriade de députés en Marche qui sont bien partis pour voter les lois d’habilitation.
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    On pourrait penser que le directeur de com’ de Macron est à l’Obs’…

    Par conséquent les premières lois/ordonnances devraient passer rapidement sans consultation du Parlement. Des textes majeurs et créateurs de tensions vont être votés sans discussion à l’Assemblée et l’équipe gouvernementale fera cela en se drapant dans son succès « démocratique ». Plus probablement, le gouvernement fera tout un cinéma pour montrer qu’il est adepte du dialogue social et de la discussion apaisée et raisonnable et il laissera faire les médias pour canonner sur toutes les ondes combien cette réforme est audacieuse, progressiste et salutaire. Peut-être me trompé-je, mais je ne suis pas certain que le dialogue véritable soit la première priorité de l’ère Macron.

  • Les médias, ce contre-pouvoir extrêmement efficace sera bien sûr le talon d’Achille de la prochaine législature car en effet, ils ne manqueront pas de criti… Résultat de recherche d'images pour "macron le patron obs"Une deuxième remarque : faut-il voir dans les « maladresses » récentes du pouvoir le symptôme d’une volonté d’avoir des médias aux ordres ? Il me semble qu’il est trop tôt pour le dire. En tout cas, pour l’instant l’équipe macronifique a peu d’ennemis et peu d’adversaires sérieux dans les médias. Ce qui lui permet évidemment de la jouer « cool et décontracté » puisqu’il n’est pas vraiment sérieusement attaqué (pourquoi parler de la loi travail en préparation alors qu’on peut parler de Richard Ferrand ?). Et les médias ne voient pas à quel point l’air « jupitérien » de Macron est rendu possible par le fait même qu’il est pour le moment plus ou moins intouchable, ce qui lui permet de planer au-dessus de la mêlée (de façon tout à fait symétrique à Mélenchon qui, même s’il le voulait, ne pourrait pas facilement apparaître jupitérien).

    C dans l-air vague ou tsunami

    Vague, Tsunami, déferlante inarrêtable ?

  • Le mouvement social est une inconnue, mais il faut rappeler que l’équipe macronissime a prévu des ordonnances pour faire rentrer dans le droit ordinaire des dispositions de l’état d’urgence. Sachant que ces dernières ont été utilisées pour museler la contestation ou justifier (voire légitimer) des répressions, cela n’augure rien de bon pour la vitalité des mouvements sociaux. Pourtant, ils sont l’expression d’un droit alternatif qui conteste non pas le fait que des décisions soient prises mais les décisions qui vont être prises. Ils offrent une tribune à ceux qui n’en ont pas ou moins que les autres et sont donc la respiration de notre démocratie (de ce point de vue là, j’avais trouvé très intéressante la « manif pour tous ») en montrant combien l’ordre institutionnel est une convention et repose in fine sur la croyance que les décisions sont prises légitimement (d’où le perpétuel débat pour savoir ce qui est légitime ou pas).

Au total, je crois qu’on peut reprendre McGuinness qui décrit l’attitude de Wittgenstein de la façon suivante, ce qui permet rétrospectivement de justifier les votes de ceux qui ont choisi l’abstention ou le vote blanc au deuxième tour des présidentielles :

« Il ne jouait pas le jeu de la presse libérale, dont on peut montrer qu’elle n’était pas sincère […]. Wittgenstein n’allait donc pas insister sur Hitler, mais il ne pouvait refréner un frémissement face aux buts de guerre des Alliés, pensant qu’en réalité il n’en résulterait que la continuation de l’ancien système par les pires moyens. »

  • Tiré du Mythe moderne du progrès de Jacques Bouveresse

Il ne faut pas se laisser abuser par la relative euphorie de ce deuxième tour de législative. Effectivement, la majorité Macron est moins importante que prévue. Elle reste écrasante et bien plus grande que la majorité PS du quinquennat précédent, même sans le MODEM. Du reste, on ne sait pas en l’état quel jeu jouera LR, mais tout indique qu’il sera un agent de durcissement de la politique macronienne, fort de ses 130 députés. Si la majorité venait à se fissurer, il est possible que Macron fasse comme Hollande en son temps en droitisant son discours et sa politique. LR, loin d’être une opposition farouche pourrait bien être l’appoint de circonstance. Et d’autant plus que tout indique qu’il y aura au moins deux groupes parlementaires (ou du moins deux courants) au sein de LR : un groupe qu’on appelle déjà « constructif » et l’autre qu’on appellera « radical ». Le premier n’est pas majoritaire mais un appui de 50 ou 60 députés n’est évidemment pas négligeable. J’attire l’attention de mon lecteur sagace su le vocabulaire : on appelle, même du côté des « radicaux », le groupe qui serait prêt à aider Macron les « constructifs ». Comme si l’opposition, le conflit et la critique étaient forcément destructrices et jamais constructives. On voit combien ce fantasme du consensus hante le vocabulaire politique. Mais c’est là rien de plus que la victoire idéologique de la « troisième voie ».

Du côté des médias, il n’y a pour le moment pas de mots assez forts pour qualifier l’incroyable exploit de Macron. Et il est vrai que l’Assemblée a été rajeunie et féminisée. Cependant, la majorité est incroyablement homogène du point de vue de la catégorie sociale (preuve que des progrès en terme d’égalité de genre – du moins, du point de vue de la représentation – peuvent tout à fait s’accompagner de régressions en terme de représentativité sociale). Il y a, pour le moment, une paralysie du sens critique qui rend la communication de Macron facile et en retour le commentaire plus doux dans une spirale de connivence et d’entre-soi relativement terrifiante. Déjà, l’abstention est évacuée en quelques mots. De toute façon, ses conséquences sur la légitimité des réformes qui vont venir ne sont jamais abordées. En bref, les médias ont oublié la lutte pour la légitimité qui est pourtant consubstantielle du politique et ils peuvent brosser à l’envi le portrait d’une France réconciliée, c’est-à-dire très exactement la France que prétend incarner Macronissimus : les grilles d’analyses sont celles du vainqueur et par conséquent, on peut bien être boudeur sur tel ou tel point (faisons crédit aux médias d’avoir voulu tempérer la « vague » LREM en soulignant qu’elle était finalement plus petite que prévue, signe que les Français sont « vigilants »), mais l’essentiel est passé dans le commentaire ordinaire. Pourtant, on pourrait faire remarquer a minima que les attaques qui risquent d’avoir lieu sur le droit du travail sont de nature à plonger des milliers de personnes dans une très grande précarité. Disons, on pourrait au moins discuter ce point. Mais non. Faut pas abuser.

4. Des raisons d’espérer

Dans tout cela, il y a tout de même quelques raisons d’espérer : d’abord, il y aura un groupe parlementaire FI. On s’évitera donc la cohabitation avec Chassaigne (du moins, n’y sera-t-on pas obligé) et autres larrons tout à fait délicieux. Ensuite, François Ruffin a été élu malgré un retard de 7 000 voix au premier tour : preuve que la mobilisation populaire est possible, preuve qu’une étincelle peut mettre le feu aux poudres, preuve qu’il y a une énergie disponible pour qui sait la saisir.

Le PS va peut-être finir par faire son aggiornamento tant promis. Et le PC avec. Et d’autant plus qu’une grande partie du PS est passé à LREM ou a été battu. La position d’opposition très légère convient bien à la clarification qu’il faudra opérer. Peut-être qu’en 5 ans, on pourra unir les forces de gauche (dire ça me donne un peu la nausée, mais ça va, merci) sous un programme cohérent. A condition bien sûr que la question de l’Europe et de la souveraineté soit véritablement posée. On peut toujours rêver avec Hamon, Hidalgo et le reste… M’enfin…

Les médias constituent un milieu relativement homogène et assez moutonnier et ils peuvent donc à un moment se désolidariser de sa Sainteté Macron si un Influent ou un évènement apparemment sans conséquence donne le départ. On peut toujours rêver tant le projeeeeeet de notre Seigneur ressuscité est en phase avec les institutions médiatiques, la position sociale des grands journalistes ayant la parole et le point de vue des éditorialistes qui comptent, mais à la faveur d’une communication un peu déficiente, ou si Macron commet l’erreur de toucher à la sacro-sainte et fictive indépendance de la presse, peut-être qu’alors le choc fera tomber les oeillères pour requin-baleine de nos spécialistes de tout et surtout de rien. Peut-être par exemple s’intéressera-t-on moins aux caractéristiques les plus superficielles (la jeunesse n’est qu’un mot, par exemple, mais c’est un travers journalistique bien connu – et conforme à la socialisation des plus en vue de la profession – que d’essentialiser l’inessentiel pour mieux masquer le vraiment important mais qui impliquerait de raisonner en terme de déterminations, de grande masse… etc) des députés Macron pour tenter de cerner leurs caractéristiques plus significatives. Peut-être discutera-t-on sérieusement des réformes qui seront proposées. Peut-être… bon enfin ça fait beaucoup.

La majorité sera-t-elle autant aux ordres qu’on peut l’espérer ? Étant donné le flou qui a été entretenu sur les programmes pendant la campagne, il n’est pas certain que tout le monde soit bien au clair sur le détail des réformes. De plus, nous avons affaire à un public qui n’a globalement pas trop de mal à trouver un travail et pour qui la mention « député » sur un CV peut assez clairement servir. Il n’est donc pas certain qu’ont ait un Parlement godillot au-delà des premières ordonnances et sans doute le président de groupe aura-t-il fort à faire. En même temps, la grande homogénéité sociologique de la majorité risque de souder le vote et la marge de manœuvre est importante (quitte à se tourner vers des formations plus classiques dans une deuxième partie de mandat, du MODEM à LR). Bref, une tension entre d’un côté la relative liberté de la majorité et son appartenance objective à la catégorie socio-professionnelle que Macron entend « servir ». On peut toujours rêver une alliance objective entre les notables LREM et le petit peuple (pas que de Paris). Peut-être la Révolution (II le retour) est-elle effectivement en train de commencer…

 

PS : et l’abstention ? L’attention portée au présent ne doit pas faire perdre de vue des mécaniques de long terme : la participation aux législatives (contrairement aux présidentielles) décroît depuis 20 ans. Cela semble indiquer que globalement les électeurs perçoivent de moins en moins l’intérêt de l’élection législative. Il y a deux façons de le voir : ou bien c’est une perception politique qui consiste à penser que l’élection législative consacre toujours le vainqueur ou bien qui consiste à penser que quoiqu’on vote ça ne change rien (dans un cas c’est un jugement politique abstrait, dans l’autre on a plutôt une appréciation empirique), soit c’est une véritable incompréhension de ce à quoi sert l’élection législative. On sait que l’abstention, outre l’abstention politique, signifie la plupart du temps qu’on ne se sent pas une compétence suffisante pour voter. Mais en réalité, ces raisons se combinent et expliquent par exemple la faible participation des jeunes, beaucoup moins légitimistes que leurs aînés. Donc c’est aussi un effet de génération (pas d’âge, je pense) : les « jeunes » ne perçoivent pas en quoi l’élection peut changer quelque chose à leur vie. Or, l’électorat susceptible de voter Macron est plus mobilisé et politisé que l’électorat des formations concurrentes (sauf LR peut-être). C’est l’abstention différentielle qui explique le score de LREM, il me semble. S’ajoute à cela des facteurs plus conjoncturels, probablement : démobilisation de l’électorat, longue campagne, difficulté à comprendre l’élection localo-nationale, flou dans les programmes… etc.

Il y a donc quelque chose de tragique à ce que la conscience civique soit si forte. Mais en même temps, elle correspond à un sentiment profond d’incompréhension du système et on a vu combien cette conscience pouvait s’éveiller. C’est pourquoi, il faudra travailler à ce que la notoriété de Mélenchon serve à la connaissance du mouvement afin que l’énergie que l’on a vu cette fois-ci déborde la prochaine fois.

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